Les Mots de Jossy

Les Mots de Jossy

Un 1er témoignage
Comment vivre quelque semaines, contaminés par ce virus.

Isabelle (86 ans), Laurent et Jocelyne (54 ans) - Cenon et Sadirac (Gironde)

Le 12 mars 2020, mon mari est revenu de Reims après 2 jours de séminaire. Au soir du 1er jour, un des participants s’était senti fiévreux. Le 13, mon mari a senti un malaise dans son corps, quelque chose d’inhabituel. Le 14, la fièvre est apparue, puis une toux sèche, des migraines, une douleur à l’estomac, des courbatures et « un léger voile sur les poumons » qui lui donnait la sensation de ne pas respirer comme d’habitude.
Le 15, le SOS médecin qui nous a reçu à son cabinet (car il ne lui était pas possible de se déplacer à notre domicile malgré les recommandations répétées par les informations de ne pas nous déplacer si nous suspections un problème de Coronavirus) nous a dit que tous les symptômes étaient ceux du Covid 19 effectivement, qu’il n’était pas utile de se rendre au CHU de Bordeaux car son cas ne présentait pas de gravité et qu’il ne serait pas testé.
Seuls les cas graves étaient testés pour vérifier s’il s’agissait bien d’une atteinte au Coronavirus. Un arrêt de travail de 15 jours, du paracétamol et du repos pour toute prescription. Et une sorte de menace qui devait nous maintenir attentifs : « Si vous sentez que ça s’aggrave et manquez de souffle, composez le 15 ».

La toux s’est installée chez ma mère, 86 ans, le 13 mars. Malgré son Alzheimer, elle est chez elle, rencontre peu de monde à part nous et son auxiliaire à domicile. Et mon mari et moi n’avions pas eu de contact avec elle les 5 jours précédents. Par contre elle était accompagnée à la maison par ma sœur venue de Paris lui rendre visite depuis le 10 mars.
Le SOS médecin qui l’a visité à son domicile le 13, a prescrit des antibiotiques. Particulièrement distant, il a annoncé froidement qu’il s’agissait d’une broncho-pneumopathie et que le poumon droit était touché. Il fallait faire une radio. Coronavirus ou autre virus, a-t-il dit, peu importe, un virus reste un virus. Là-aussi : « Si vous sentez que ça s’aggrave et manquez de souffle, composez le 15 ».
Une toux caverneuse et une grande fatigue ont perduré près de trois semaines. Un autre médecin a reçu ma mère à son cabinet au terme de 7 jours où rien ne changeait et lui a annoncé qu’il ne pouvait pas s’agir du Coronavirus, c’était probablement une grosse bronchite. Il a stoppé les antibiotiques qui « ne servaient à rien ». Son système immunitaire allait se défendre, donc pas de médicaments.
Alors elle s’est battue avec la toux, la fatigue, son asthme, ses essoufflements et autre chose mais ma mère est aphasique et il faut deviner ce qui se passe dans sa tête et son corps car elle ne peut plus l’exprimer clairement. Il valait donc mieux qu’elle soit sous la surveillance de ma sœur qui la connait mieux que n’importe quel hôpital. Mais il s’agissait d’une surveillance permanente pour ne rien louper.

Le 16 mars, j’ai senti que mon corps basculait, j’étais envahie par une grande fatigue et pensais avoir de la fièvre. Je n’ai au final jamais eu de fièvre, ou plutôt il m’a semblé que mon option « fièvre » dysfonctionnait car je suis restée entre 36,1° et 37° durant les deux semaines qui ont suivi. Comme ma mère.

Mon mari a oscillé entre 38,1° et 39,2° 13 jours durant. Cette fièvre était une angoisse permanente et les résultats de la prise de sang ont bien prouvé qu’il y avait encore infection au terme de 11 jours. Le médecin a prescrit une radio à mon mari, ainsi qu’à ma mère. Les hôpitaux contactés ont dit que les radiographies étaient réservées aux cas graves, pour les autres il faudrait attendre. Ni ma mère, ni mon mari ne paraissaient graves en termes de « détresse respiratoire ».
Essoufflés, oui, tous les 3 mais nous étions au repos complet et l’essoufflement se régulait, il ne nous a jamais paru inquiétant. A priori. Nous nous disions que la détresse respiratoire dont parlaient les médias se sentirait sûrement et qu’elle déclencherait le fameux appel au 15. Alors nous en sommes restés là, à l’écoute de notre corps, pendant que le temps passait.

Nous avons bien ressenti la palette des symptômes évoquée par les médias ainsi que quelques autres : migraine, fièvre, perte du goût et de l’odorat, vertiges (même couchés !), quelques nausées et diarrhées, manque d’appétit et l’impression d’avaler une pierre qui pesait sur l’estomac après chaque repas, baisse de la vue, sècheresse de la peau et de la gorge, immense fatigue qui nous a obligé à rester allongés la plus grande partie de la journée, une capacité à réfléchir si restreinte que notre activité principale consistait à regarder le temps passer dans la contemplation, loin de l’action.

Nous sommes des bagarreurs tous les 3, ma mère s’est promenée chaque jour un peu pour prendre l’air, c’était un besoin indispensable, ma sœur l’a forcé à se nourrir et à se distraire un peu. Mon mari et moi vivons à la campagne dans une maison avec un jardin, nous n’avions pas besoin d’aller bien loin pour prendre l’air. Nous avons maintenu la distance avec nos 2 enfants âgés de 21 et 23 ans mais nous sommes dans la même maison…
Ils n’ont présenté aucun symptôme durant ces 3 semaines de maladie et de convalescence.

Près d’un mois s’est écoulé depuis les premiers symptômes, il reste encore de la fatigue, quelques migraines, un estomac douloureux, une vue légèrement voilée, un manque de dynamisme et de réactivité. Il faut être patient, tout va rentrer dans l’ordre… Nous l’espérons.

Sadirac, le 11 avril 2020

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